
Elle est épuisée et en colère.
Après dix-sept ans de vie commune, elle a finalement décidé de quitter son compagnon.
Pourtant, elle avait tout donné. Elle s'était occupée de la maison, des repas, des courses, de la décoration. Elle s'était accordé très peu de temps pour elle-même.
Mais peu à peu, elle avait l'impression de ne plus exister. Comme si elle était devenue un objet du décor. Une présence utile. Un agent d'entretien. Elle ne se sentait plus vue, plus entendue, plus reconnue.
Alors elle est partie. Par rage. Par frustration. Par épuisement.
Elle n'avait jamais réussi à poser ses limites.
Même schéma. Mais cette fois, c'est un homme qui me raconte son histoire.
Depuis plusieurs années, son épouse est en situation de dépendance à cause d'une maladie. Il travaille toute la journée. Le soir, il fait les courses. Prépare les repas. S'occupe de la maison.
Il n'a plus de vie. Il se sent écrasé par le poids des responsabilités. Il ne sait pas dire non. Et il reste.

Les raisons peuvent être très différentes d'une personne à l'autre.
Mais certaines reviennent fréquemment :
la peur du conflit ;
la peur de décevoir ;
la peur du rejet ;
la culpabilité ;
le besoin de reconnaissance ;
certaines stratégies d'adaptation apprises très tôt dans l'enfance ;
des loyautés familiales dont nous n'avons pas toujours conscience.
Dire non n'est donc pas simplement une question de volonté. C'est souvent l'expression visible d'une dynamique beaucoup plus profonde. Car chaque situation est comme une pelote de laine emmêlée.
Pour comprendre le nœud, il faut retrouver le fil qui y a conduit. Et surtout comprendre ce qui continue aujourd'hui à maintenir ce nœud serré.
Dans mon approche, plusieurs niveaux d'observation permettent progressivement de rendre visible ce qui agit dans l'ombre.
La première chose que l'on observe est souvent la souffrance.
Elle peut être psychique. Mais aussi physique.
Les symptômes parlent parfois avant que la personne puisse mettre des mots sur ce qu'elle vit :
insomnies ;
douleurs chroniques ;
problèmes digestifs ;
eczéma ;
épuisement ;
anxiété ;
dépression.
Chez certaines personnes, la loyauté à la situation est tellement forte qu'il devient difficile de remettre celle-ci en question consciemment. Alors c'est le corps qui finit par tirer le signal d'alarme.
Ces symptômes révèlent souvent le coût énergétique considérable que représente le maintien d'un équilibre devenu insoutenable.
L'approche stratégique de Palo Alto s'intéresse à ce qui se passe concrètement entre les personnes. Par exemple :
Plus je fais pour toi.
Moins je me sens reconnu.
Plus je ressens de frustration.
Plus j'en fais pour tenter d'obtenir cette reconnaissance.
En face :
Je n'ai rien demandé.
Je me sens inutile.
Je ne trouve plus ma place.
Je ressens moi aussi de la frustration.
Une boucle interactionnelle se met en place.
Plus l'un agit.
Plus l'autre réagit.
Et chacun contribue involontairement au maintien du problème. Dans le langage de Palo Alto, les tentatives de solution deviennent elles-mêmes le problème.
La personne cherche à réduire l'écart entre ce qu'elle souhaite obtenir et ce qu'elle obtient. Mais paradoxalement, elle augmente cet écart.
Une question apparaît alors : Pourquoi cette personne continue-t-elle à faire ce qui la fait souffrir ?
Souvent parce que ce comportement a longtemps été utile. À un moment de son histoire, il a constitué une stratégie d'adaptation. Peut-être fallait-il :
être gentil ;
être utile ;
être performant ;
ne pas déranger ;
prendre soin des autres.
Ces stratégies ont parfois permis à l'enfant d'obtenir de l'attention, de la sécurité ou de l'amour. Le problème apparaît lorsqu'elles continuent à fonctionner automatiquement des décennies plus tard.
L'être humain passe près de vingt ans dans son système familial d'origine.
Il est donc logique que ce système laisse une empreinte profonde.
Pour comprendre certains comportements, il peut être utile d'explorer :
les rôles occupés dans la famille ;
les attentes implicites ;
les loyautés invisibles ;
les modèles transmis entre générations.
Cette intuition n'est pas nouvelle.
Gregory Bateson, l'un des inspirateurs majeurs de l'approche systémique, a observé les dynamiques relationnelles des Iatmul en Nouvelle-Guinée.
Bert Hellinger, fondateur des constellations familiales, a vécu pendant de nombreuses années auprès des Zoulous d'Afrique du Sud.
Tous deux ont été frappés par la manière dont les systèmes humains organisent l'appartenance, les rôles et les comportements.
Aujourd'hui, les recherches en épigénétique montrent également que certains événements marquants vécus par les générations précédentes peuvent laisser des traces biologiques observables.
J'utilise principalement les constellations familiales et systémiques comme outil de visualisation des dynamiques relationnelles.
Certaines difficultés persistent malgré les discussions, les prises de conscience ou la bonne volonté de chacun. Il devient alors difficile de comprendre ce qui maintient réellement la situation.
La représentation du système dans l'espace permet de rendre visibles certaines dynamiques qui restent souvent difficiles à percevoir uniquement à travers le dialogue :
places relationnelles ;
tensions implicites ;
loyautés familiales ;
inversions de rôles ;
mouvements d'éloignement ou de rapprochement.
Lorsque ces dynamiques deviennent visibles, de nouvelles compréhensions émergent souvent naturellement.
Ce travail agit comme une forme de repositionnement intérieur qui permet progressivement de retrouver davantage :
d'ordre ;
de clarté ;
de fluidité ;
et une place plus juste dans la relation à soi, aux autres ou à sa famille.
Dans les situations décrites plus haut, le moteur est souvent une recherche de reconnaissance. Comme si une partie de soi continuait à croire :
« Pour être aimé, je dois faire. »
« Pour être vu, je dois être utile. »
« Pour avoir de la valeur, je dois me rendre indispensable. »
Lorsque cette dynamique se rejoue dans le couple, aucune quantité de reconnaissance extérieure ne semble suffisante.
Car ce qui est recherché dépasse souvent le partenaire lui-même.
La véritable question devient alors :
Comment reconnaître sa propre valeur sans devoir continuellement la prouver ?
Le but n'est pas simplement d'apprendre à dire non.
Le but est de retrouver une capacité de choix.
Pouvoir dire oui lorsque cela nous convient.
Pouvoir dire non lorsque cela est nécessaire.
Agir à partir d'un choix conscient plutôt qu'à partir d'un automatisme.
Lorsqu'un ancien schéma cesse de gouverner nos réactions, quelque chose de nouveau peut émerger :
plus de calme,
plus de liberté,
plus de souveraineté intérieure.
Et souvent une façon beaucoup plus paisible d'entrer en relation avec les autres.
Dans la plupart des situations, la difficulté à dire non n'est ni un manque de caractère ni un manque de confiance en soi.
Elle est souvent le résultat d'une combinaison complexe :
de mécanismes interactionnels ;
d'adaptations anciennes ;
de loyautés invisibles ;
d'habitudes profondément ancrées dans le système nerveux.
C'est pourquoi le changement durable passe rarement par des conseils ou des techniques de communication uniquement.
Il demande de comprendre ce qui maintient le problème en place.
Car lorsqu'on voit enfin la logique invisible qui organise un comportement, il devient beaucoup plus facile de retrouver sa capacité d'action.
Johanna Touzel
Certaines tensions relationnelles ne se résolvent pas uniquement par davantage de communication.
Explorer les ressources sur les dynamiques relationnelles, le positionnement dans le système familial et les schémas répétitifs.
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